Cette
fois j’irai voir On the road, le film
de Walter Salles, lui qui nous a fait connaître les aventures de Che Guevara à
moto, et qui maintenant adapte le livre de Jack Kerouac à l'écran. Quelques scènes de
voiture et de bars ont été tournées au Québec paraît-il, mais le cinéaste brésilien et sa troupe ont
dû être mal informés puisque dans les alentours de Montréal, en plein été, ils s’attendaient plutôt à tourner les scènes avec
de la neige. Malheureusement pour eux,
les neiges éternelles sont beaucoup plus au Nord. Donc ils ont dû tourner ces scènes-là
en Argentine finalement. Et oui, il y a de la neige, quelque part là-bas, quand c'est l'hiver.
J’étais
dans les premiers arrivés. J’étais si en avance qu’il a fallu attendre un
moment sous un chapiteau avant de pouvoir monter à la hauteur des portes du
Soixantième. Puis, quand la foule a bougé pour attendre un peu plus haut, une heure durant, tous ceux qui sont arrivés près des barrières les premiers se sont fait charger par le soleil, moi compris. Comme la température est différente
chaque jour, j’ai toujours : de la crème solaire, un parapluie, et un
vêtement chaud. Je me suis assis sur le tapis rouge, puis j’ai mis mon
capuchon pour me cacher du soleil. Cette fois ça ne jasait pas fort fort dans la file d’attente... Sous la
chaleur accablante, nous nous gardions de parler. Après une heure donc, nos
places étaient bien méritées. Je me suis permis de m’asseoir au beau milieu de
la cinq ou sixième rangée. J’engloutis ma dernière gorgée d’eau, et puis il m’a
fallu demander à ma voisine si elle voulait bien surveiller ma place un moment.
En revenant des toilettes, ma place était encore libre ; la dame l’avait bien
défendue. « C’est que vous l’avez bien méritée, cette place ». Oui, c’est vrai. Et
le rituel vidéo d’ouverture, accompagné de la petite musique commençait,
quelques uns ont pris une photo du logo officiel à la fin.
Je
doute que l’on puisse dire du mal de On
the road. On a fait beaucoup de bruit au sujet du choix des acteurs ; on
tenait absolument à ce que quelqu’un qui avait connu Jack Kerouac et qui vivait
encore approuve le choix de Sam Riley dans le rôle de Jack Kerouac. Mais bon,
pour ceux qui ne connaissent que les mots de Jack Kerouac, disons que si Sam
Riley avait eu la gueule ou la barbe d’Allen Ginsberg, on ne se serait pas
plaint pour autant. On se serait plaint si Walter Salles avait trahi de quelque
façon le célèbre récit, mais ce ne fut pas le cas. À mes yeux, le récit porte peut-être un peu trop sur la relation
entre Sal Paradise et son ami Dean. Mais peut-être est-ce là ce qui explique
la réussite du film. Disons que c’est surtout par rapport aux événements secondaires,
ou qui se déroulent une seule fois, que l’on peut conserver des souvenirs
différents de ce qui se passe à l’écran. Pour moi, ce qui m’avait marqué lors du passage au Mexique, c’était surtout le moment où Sal Paradise se
fait ami avec les danseuses nues, et remarque que l’une d’elles a moins de
seize ans. Mais on ne mise pas spécialement là-dessus dans le film. À la lecture, j’avais complètement oublié Dean, et je me foutais
bien que Sal Paradise termine la soirée, puis le voyage seul. Alors que dans le
film, c’est la fin du monde, on pense que Sal va mourir et tout. Il y a là une
grande différence entre le film et le roman je crois, et c’est la façon d’idolâtrer
Dean. Lorsqu’on lit le roman, ce sont d’abord les mots de Sal Paradise ; on ne
l’oublie pas. Tandis qu’à l’écran, on ne voit et ne pense qu’à Dean. Et on
oublie plutôt Sal. C’est plus facile dans le roman de dire que Dean est un
beau salaud, alors que tout au long du film, il est charmant. Disons que l'on reste
fidèle aux événements du récit, mais on y porte un regard
différent ; on le lit de façon cinématographique.
Rassasié
d’un peu plus de deux heures de cinéma, il me fallait me rendre à l’autre bout
du centre-ville pour attraper un programme de courts métrages. Quelques jours plus tôt, dans une file d’attente,
j’avais demandé du feu à quelqu’un, et j’étais tombé sur une directrice artistique
et un directeur photo brésiliens, à peu près de mon âge. Ils m’avaient demandé si je présentais un
film dans le cadre du festival. Eux, c’était le cas. Je me rendais donc ce
jeudi-là à la projection de leur film, Os
mortos-vivos ; Les morts-vivants. Je me demandais ce que le film disait sur la
jeune génération brésilienne. Finalement, disons simplement que je n’ai pas particulièrement aimé leur film. Parmi les cinq
courts métrages, il y a Wrong Cops que
j’ai trouvé très drôle, et qui m’a marqué d’abord par un casting surprenant :
Marylin Manson joue le rôle d'un adolescent un peu nerd,
écouteurs aux oreilles. Et il y a ce flic qui deal de la drogue aux jeunes, leur refilant la marijuana qu'il camoufle dans
des rats morts. Ce qui donne lieu à une scène du genre : le policier est assis sur le
trottoir, un jeune vient le rejoindre à vélo, la transaction se fait, et le
jeune demande : « Et je fais comment avec ça ? – Eh bien, tu l’ouvres, petit
con ». Puis il y a la rencontre avec le jeune que joue Marylin Manson. On peut voir le début de la scène dans cette bande-annonce : http://vimeo.com/43598374.
Le policier va finalement kidnapper Marylin Manson pour lui faire écouter de la
vraie musique, mais le jeune prend peur, et se sauve. Le policier tire dans sa direction à bout
portant, mais atteint plutôt le voisin. Et le court métrage se termine sur une
belle note : le policier cherche un endroit où larguer le cadavre.
Peut-être est-ce dû au fait qu’il n’y a pas beaucoup de comédies à Cannes, mais disons que celle-là a fait du bien.
Pour terminer la journée, je voulais aller voir le film de Catherine Corsini, Trois Mondes, qui était présenté à 22h15.
J’avais tout mon temps pour me rendre au Collège avant la représentation. J’ai pris quelques photos. J’ai
même fait du lavage. Sur l’heure du lunch
j’ai parlé avec un Russe, de Moscou. C’est un de ceux qui ne parlaient à
personne ou presque. On se retrouvait souvent à la même table. La discussion a
commencé comme elle commence d’habitude. « So, where are you from ? ». Et puis
j’en ai profité pour lui demandé comment on dit bon appétit en russe. « Priyatnagha appetita », ou quelque chose du genre.
Il avait le type des jeunes de grandes villes ; il portait des vêtements
disons urbains, était bien habillé, bien coiffé. Aussi il était plutôt petit et
mince, et ce à quoi on peut le reconnaître comme Russe, il était blond. « What the 18 years old guys are doing in Moscow ? Do they listen to music and do skateboarding ? – Yeah, they do ». On ne savait pas trop quoi se dire. On n’a pas parlé de la répression
policière en Russie, de Vladimir Poutine, ni de leur système économique. Plutôt
on a parlé des États-Unis. Il m’en parlait comme d’une cause perdue, d'une façon
un peu nonchalante. « The United States are sitting on a bomb », il me disait. Je
ne comprenais pas exactement. Et dans la même phrase il disait être content de
vivre en Russie puisqu’en Russie il y a le lac Baïkal, la plus grande réserve d’eau
potable du monde. Pour conserver la pureté de l’eau, ils ont exproprié à peu
près tous ceux qui s’y étaient installés. On aurait dit, de la façon qu’il
parlait, qu'ils préservaient le lac Baïkal pour une éventuelle fin du monde. Je ne
savais pas si c’était des expressions, ou si je devais le prendre au pied de la
lettre. Un moment, ce jeune me faisait presque peur. Me
trouvant soudainement sympathique au destin des Américains, je lui rappelai qu’ils
avaient trouvé un moyen de transformer n’importe quelle eau en eau potable. En fait, je ne savais ni qui ni quand ni
comment, mais la discussion s'est terminée avec une raison de plus pour haïr les
Américains. « Why do they not save all the Africans with this ? – Because they would not make money... ».
Et
je suis monté à ma chambre avant de me rendre à la salle Debussy. Le couple d’amis
avec qui j’avais fait la file hier soir était au rendez-vous. Nous avons
continué la discussion d’hier soir de la même façon qu’elle avait commencée :
« Oh, on s’est barrés avant la fin ». J’étais pour le moins
scandalisé : « Quoi ? Vous n'êtes pas restés jusqu’à la fin pour le film d’Amélie Van
Elmbt ? ». « Les scènes étaient parachutées » restait leur argument le plus fort. «
Mais on a qu’à le faire, le pont entre les scènes. Et d’ailleurs, pour ceux qui
aiment les road movies, c’était génial.
En fait, après la projection, la jeune belge nous a parlé de comment s’est
passé le tournage. Elle a écrit et tourné le tout en deux mois à peine. C’est
qu’elle voulait tourner avec un certain David, un acteur de théâtre, qui n’était
libre que trois semaines durant le mois d’août, alors elle a couché un premier
jet en un mois et demi, et ils ont tourné les trois semaines qu’il pouvait, sur la route, pour
finalement réaliser le tout en deux mois. Elle arrivait parfois pour le
tournage et réécrivait des scènes, ou les imaginait sur place, comme le faisait
Godard. – Oh, mais voyons, on ne peut plus faire du cinéma comme Godard. On en est
plus LÀ. – Je pense le contraire. Il devrait en avoir plus de films comme ça ». En tout cas, je ne savais pas qu’on pouvait rester de glace devant un road movie. Soit
c’étaient des puristes, soit ils ne partageaient pas ce besoin de partir vers un
ailleurs. Reste que la discussion ne s’envenimait pas pour autant. Et qu’elle s’est
poursuivie d’agréable façon jusqu’à l’ouverture des portes.
Cette fois c’était à mon tour d’être déçu, et,
j’allais le savoir plus tard, à leur tour d’être conquis. Le film de Catherine
Corsini, Trois Mondes, a de quoi
laisser perplexe. Un jeune homme d’affaire, qui va bientôt se marier, happe à
mort un piéton avec sa voiture, un soir de fête. Une dame, du haut de son
balcon, voit la scène. Voit l’homme en veston sortir de son véhicule, pour constater
les dégâts, et prendre la fuite ensuite. La femme se précipite sur les lieux, et
ne peut rien faire pour la victime ; elle entend ses quelques derniers mots,
restés incompréhensibles. Puis elle appelle la police. La victime,
inconsciente, est transportée en ambulance. Quelques jours plus tard, la femme
et le chauffard se croisent dans l’ascenseur de l’hôpital, tous deux ayant quelques
soucis pour la victime. La femme le reconnaît. Le dilemme : elle qui s’est
liée d’amitié avec la femme de la victime, va-t-elle vendre le jeune
homme d’affaire, et ruiner sa carrière ? Elle observe le futur mari quelques
jours, et finalement va à sa rencontre. Elle lui dit savoir qu’il est le responsable de l’accident et tout. La tension augmente lorsque la victime rend
son dernier souffle.
Ils en viennent à un accord, il trouvera des sous pour venir en aide à la
veuve, pour payer les coûts élevés d’hospitalisation, puis pour les frais d’enterrement
; la veuve veut enterrer son mari dans leur pays d’origine. Ça devient compliqué, la veuve veut savoir qui est le coupable, la femme ne veut pas le lui dire. L’improbable, certains diront le
cinématographique surgit, quand la jeune femme au cœur tendre tombe amoureuse du
futur mari, et qu'ils font l’amour dans la voiture qui a tué l’immigrant. Toutes les
réactions sont possibles. Soit on sympathise avec la femme, soit on est dégoûtés
d’une telle situation ; autant de l’homme que de l’adultère, soit on trouve
tout simplement le film un peu trop tiré par les cheveux. Désolé, pas mon genre...


















